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mercredi 30 septembre 2015

 
La Mort d'Ophélie, John Everett Millais, 1852
 
 
Ophélie
 
I
 
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
 
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir
 
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
 
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or
 
II
 
O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
 
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
 
C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
 
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !
 
III
 
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
 
Arthur Rimbaud
 
 
 
 

dimanche 3 août 2014

"J'ai baisé vos lignes dans l'espoir que vous m'ayez fait la grâce d'y laisser une trace de miel."

"Ne me taxez pas de folie si je vous avoue qu'hier au soir j'ai pris votre lettre avec moi pour dormir."

"Je m'étonnais qu'on pût mourir en martyr pour la religion ; j'en frémissais. Je ne frémis plus ; je serais capable de mourir en martyr de ma religion ; l'amour est ma religion ; pour elle je pourrais mourir - je pourrais mourir pour vous. Je crois en l'amour et vous êtes son seul principe - vous m'avez conquis par un pouvoir contre lequel je ne peux rien [...] sans toi je ne respire plus."

"Ma chère amie, je vous aime pour l'éternité et sans réserve."

"Si je devais être heureux avec vous ici-bas - l'existence la plus longue serait ô combien brève -, je voudrais croire en l'immortalité ; je voudrais vivre éternellement avec vous."

John Keats, Lettres à Fanny

Autant de citations illustrant l'amour incandescent que porta l'un des plus grands romantiques de la poésie anglaise, John Keats, à Fanny Brawne.


Avec Bright Star, la réalisatrice Jane Campion signe une ode au romantisme en mettant en scène la liaison que John Keats entretint avec Fanny Brawne, qui fût un temps sa voisine. Le titre du film ("Brillante Etoile" en français) vient du poème que la jeune femme inspira au poète anglais:

Brillante Etoile!
Brillante étoile! que ne suis-je comme toi immuable -
Non seul dans la splendeur tout en haut de la nuit,
Observant, paupières éternelles ouvertes,
Comme de Nature le patient Ermite sans sommeil,
Les eaux mouvantes dans leur tâche rituelle
Purifier les rivages de l'homme sur la terre,
Ou fixant le nouveau léger masque jeté
De la neige sur les montagnes et les landes -
Non - mais toujours immuable, toujours inchangé,
Reposant sur le beau sein mûri de mon amour,
Sentir toujours son lent soulèvement,
Toujours en éveil dans un trouble doux,
Encore son souffle entendre, tendrement repris,
Et vivre ainsi toujours - ou défaillir dans la mort.

traduction française: Fouad El-Etr

Alors que le frère de John Keats, Tom, est mourant, la jeune Fanny, bouleversée, se rapproche du poète. Peu à peu, des sentiments amoureux naissent entre les deux jeunes gens fantasques. John voit en Fanny un idéal de beauté, lui qui écrivait "Un objet de beauté est une joie sans fin". Fanny et John se fiancent, mais le poète est atteint de tuberculose. Partagé entre sa maladie qui l'entraîne peu à peu dans la mort s'offrant à lui comme ultime repos "Mon esprit est trop faible - ma condition mortelle / Pèse sur moi comme un sommeil irrésistible" et son amour pour Fanny Brawne, John Keats tente de s'éloigner de la jeune femme...




Un film enivrant d'une élégance couleur pastel, à l'image du romantique et fragile auteur, offrant une immersion dans la campagne londonienne du 19e siècle. L'actrice Abbie Cornish et l'acteur de génie Ben Whishaw sont bouleversants de vérité. La bande-originale qui rythme et porte le film, composée par Mark Bradshaw, est superbe et met parfaitement en valeur l'esthétique romantique de l'imagerie.






jeudi 15 mai 2014


Tristesses de la lune

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal




lundi 21 avril 2014



Romantic song / Romantic poem



 "Je me joins à toi
Comme la vague
Se joint à la mer.

Je t'aime,
Tu le sais,
Mais ça ne fait rien..."

Smashing - The Libertines et Lula Camus








"A toi la fille à la robe verte, c'est ta chanson pour toujours. Tu ne le sais pas, c'est très bien. Je voulais juste jeter mon coeur à tes pieds pour entendre le bruit qu'il fait sous tes talons. Je suis amoureux de ton mépris, comme une flèche de sucre. Je ne reprendrais jamais un verre de ma fée verte, m'intoxiquer jusqu'au caveau. Mais tout ça était pour de faux..."

Auteur?




dimanche 6 avril 2014


Sensation

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue,
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien:
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, heureux comme avec une femme.

Arthur Rimbaud